
Le cinéma, au début des années 30 en est encore a ses balbutiements, et les réalisateurs sont limites par une technique encore peu développée, mais en plein essor.
A cette époque, les grands studios produisent essentiellement des films présentant des super-héros, mais ceux-ci n'ont rien de plausible, et une audience toujours grandissante espère se voir présenter des films plus représentatif des changements radicaux qu'ils vivent au quotidien.
Apparition d'un genre nouveau, qui allie crime, séduction et passion

Très rapidement, des films, ayant pour thème principal le crime font leur apparition, et ont, non seulement l'avantage d'être plausibles, mais aussi, et surtout, la particularité d'etre réalistes: en effet, la plupart des grandes métropoles sont touchées par une crise sociale et économique sans précédent, engendrant une regain de la criminalité, et des delits de tous genres.
Le terme "genre'' définit un style de film tel que le western, ou la comédie, mais certains diront que ce n'est pas un style, étant donne qu'il est défini plus par son éclairage que par la narrative, ou l'histoire.
Ici, nous ne débattrons pas sur la question de savoir si le film noir est un style en lui-même, mais nous allons nous attacher a décrire les techniques d'éclairages, le jeu d'ombres et de lumières, si caractéristique des film-noir.
Les ombres
Le film noir présente un style d'éclairage ou les ombres sont plus énigmatiques, et plus intrigantes que l'individu lui-même, ajoutant a cette notion d'inconnu, de mystère, voire de double personnalité.
En tant que producteur indépendant, il est important, avant de commencer un projet, de définir un objectif en tenant compte des moyens a disposition, mais aussi en acceptant un fait établi: "il faut jamais aller contre-nature".
A moins d'avoir a disposition un camion rempli d'équipement, et une armée d'assistants motives jusqu'à la couenne, il ne serait pas très malin de se lancer dans la tournage d'une scène en plein air, pour la simple et bonne raison que la nature bous rappellera a l'ordre a la première occasion.

Un éclairage simple: la clef du succès
Le premier souci sera de trouver un environnement dans lequel on contrôle parfaitement le décor, de préférence un lieu spacieux dans lequel on pourra contrôler facilement la lumière naturelle.
Ensuite, il faudra choisir méticuleusement le type d'éclairage et les filtres et réflecteurs:
Le mieux est de choisir une "key light" ou lumière principale qui n'ait pas un rayon de diffusion trop large (eviter les parapluies et autre moyens de diffusion de type "soft box".
Le but ici est d'exercer un contrôle maximum de la lumière principale, présentant un éclairage puissant, avec un rayon précis, de type Fresnel, un spot, ou même une lumière classique dont on contrôlera le faisceau avec les cadres et autres drapeaux.
Pour plus de réalisme, il est primordial de maîtriser l'origine de la source de lumière principale.

Par exemple pour une scène nocturne, ayant la lune, a travers une fenêtre comme éclairage principal, avec un sujet assis a une table, il faut que la source de lumière provienne de la fenêtre.
- Supposons maintenant que la pièce ait une porte ouverte, donnant sur une entrée bien éclairée, ou se tiens un autre sujet. Comment éclairer cette personne?
S'il y a très peu de lumière dans la pièce, il faudra de dessiner la silhouette de l'individu au moyen d'une lumière située derrière lui, dans l'entrée.
Cela donnera une atmosphère mystérieuse, car il ne sera pas possible de discerner les traits de cet individu.
- Imaginons ensuite qu'on veuille révéler l'identité de cette personne: C'est ici que toute la subtilité de l'éclairage rentre en jeu.

En créant suffisamment de lumière dans la pièce pour identifier le personnage a la porte, et ceci tout en gardant la personne assise a la fenêtre éclairée uniquement par la lune, on pourra placer un eclairage directement a cote de la porte, proche du sujet debout, qui soit inclus dans la scène, de type lampadaire, ou plafonnier.

Pour maitriser le secret d'un éclairage de type 'film-noir': il faut éclairer chaque élément de la scène séparément, en tenant le spectateur informé de la source de lumiere.
Ce dernier point est important, car c'est une atmosphère énigmatique, une ambiance sombre, et les éléments déterminant a l'histoire qui sont divulgues a l'audience de maniere subtile, characterisant le style 'film-noir'
Éclairer un film noir n'est pas difficile si on se rappelle de ces trois points:
- Un éclairage principal, puissant, avec un faisceau très ciblé
- Un éclairage secondaire (fill light) subtil, et très diffusé.
- Apporter a chaque élément un éclairage séparé.
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| ©JC LEGER |
Contrôler son éclairage pour contrôler les émotions:
Un atout lorsqu'on tourne un film-noir réside dans le fait qu'on n'a pas réellement besoin d'une tonne d'équipement pour avoir un résultat satisfaisant.
En réalité. on pourrait très bien commencer a tourner dans un parking souterrain, en utilisant uniquement les lumières en place: comme elles sont en hauteur, cela ajoutera des ombres sur les visages, ajoutant a une atmosphère déjà sombre.
Cet exercice permet aussi d'apprendre a reconnaître ce que l'on cherche avec éclairages, et se donner les moyens d'y aboutir de manière simple.

Par la suite, ayant maîtrisé les lumières 'naturelles', il sera bon d'ajouter un peu de subtilité a la scène, en incorporant une source de lumière principale (key light), par exemple un 650 W tungstène, derriere le sujet, produisant ainsi un rayonnement autour du sujet, et mettant en valeur sa silhouette.
L'esthétique de la scene est renforcée par les contrastes entre les zones illuminées, et celles qui ne le sont pas.
Maintenant, si on déplace la lumière un tout petit peu a cote le sujet, afin qu'il bénéficie d'une subtile partie du rayonnement sur son visage, mais accentuant les traits, et ne révélant qu'une partie de son visage, car placée en angle, cela donnera l'illusion d'un mystère, de danger, et ajoutera certainement une notion d'ambiguïté.
Ensuite, si on introduit une deuxième source de lumière, diffusée mais assez puissante pour révéler plus de détails, et placée de manière diamétralement opposée a la source de lumière principale, cela donne une atmosphère complétement différente, peut être moins menaçante, mais tout aussi énigmatique.
Ici, toute la subtilité réside dans la puissance et la diffusion de la "fill light".
Ici, toute la subtilité réside dans la puissance et la diffusion de la "fill light".
Plus on va augmenter la puissance de celle-ci, plus on revelera les traits et donc les emotions du sujet.
Un avantage non-négligeable de ce style reside dans le fait que l'imagination est suscitee au maximum, mettant le spectateur a contribution afin qu'il interprèter les indices mis a sa disposition dans la scene, mais aussi ceux que le réalisateur a choisi de ne pas éclairer...
J-C Leger


